lundi 14 mai 2012

La Gardeuse d' Oies

© Ann Anderson

Il était une fois une vieille reine dont le mari était mort depuis de longues années. Elle avait une jolie fille, qui, en grandissant, fut promise au fils d'un roi. Quand vint le temps du mariage, et qu'elle devait partir pour ce royaume étranger, la vieille reine lui prépara des objets précieux, des parures, de l'or et de l'argent, des gobelets, des bijoux, bref, tout ce qui sied à une dot princière, car elle aimait son enfant de tout son cœur.
Elle lui donna aussi une camériste qui devait voyager avec elle et la conduire à son fiancé. Chacune reçu un cheval pour le voyage. Celui de la princesse se nommait Falada. Et il savait parler. Lorsque vint le temps des adieux, la mère se rendit dans la chambre de sa fille, et, prenant un petit couteau, se coupa au doigt de façon à tirer un peu de sang. Elle prit un petit mouchoir blanc, y laissa tomber trois gouttes de sang, et donna le mouchoir à sa fille en lui disant :
- Chère enfant, garde-le précieusement, il te sera bien utile en cours de route.

la-gardeuse-d-oies-grimmIllustré par Paul Perret
 
Elles prirent tristement congé l'une de l'autre. La jeune fille glissa le mouchoir dans son corsage, monta en selle et partit pour rejoindre son fiancé.
Après avoir chevauché pendant une heure, elle eut une grand soif et dit à sa camériste :
- Descends de cheval, va à ce ruisseau et remplis le gobelet que tu as apporté pour moi. J'ai envie de boire.
- Si vous avez soif, répondit la camériste, descendez vous-même de cheval, penchez-vous au-dessus de l'eau et buvez. Je n’ai pas envie d’être votre servante.


La princesse, qui avait grand soif, descendit de cheval, se pencha sur le ruisseau et but. Mais elle ne put pas boire dans le gobelet d’or.
- Ah! mon Dieu, dit-elle.
Alors, les trois gouttes de sang répondirent:
Il est mieux que ta mère
Ne sache pas tout cela
Car son cœur à coup sûr
Volerait en éclats.
Mais la fille du roi était courageuse, ne dit rien et remonta à cheval. Elles chevauchèrent encore quelques lieues. Mais la journée était chaude, le soleil tapait fort. Bientôt, elle eut à nouveau soif. Arrivant près d'un cours d’eau, elle dit à sa camériste :
- Descends de cheval et donne-moi à boire dans mon gobelet d'or.
Elle avait déjà oublié les méchantes paroles de la camériste depuis longtemps. Mais celle-ci lui répondit avec plus de morgue encore :
- Si vous avez soif, buvez toute seule, Je n’ai point de goût à être votre servante!
La princesse avait soif. Alors, elle descendit de cheval, se pencha pour boire et dit en pleurant :
- Ah! Mon Dieu!
Et les trois gouttes de sang dirent à nouveau :
Il est mieux que ta mère
Ne sache pas tout cela
Car son cœur à coup sûr
Volerait en éclats.
Comme elle buvait, le petit mouchoir avec les trois gouttes de sang glissa hors de son corsage et partit au fil de l’eau. Elle ne s'en aperçut, tant elle avait peur. Mais la camériste, elle, avait tout vu et se réjouissait d'avoir à présent la fiancée à sa merci: car en perdant les gouttes de sang, elle était devenue faible et sans défense.

La Gardeuse d'Oies Grimm © Perret

Comme elle voulait remonter sur son cheval qui s’appelait Falada, la camériste lui dit :
- Falada est pour moi à présent, toi, tu auras ma vieille carne!
Bon gré mal gré, il fallut bien qu'elle se soumît. Ensuite, la camériste lui ordonna sèchement d’enlever ses habits royaux et de revêtir ses guenilles de servante. Et lui fit aussi jurer devant Dieu qu'elle ne dirait rien à âme qui vive à la cour du roi. N’eût-elle pas consenti, qu’elle eût été assassinée sur-le-champ. Mais Falada avait tout vu … et tout retenu.
La camériste monta donc Falada, la princesse monta la mauvaise carne et elles poursuivirent ainsi jusqu'au château du roi. 

 Gardeuse d'Oie Illustration © Hellen Stratton

On s’y réjouit grandement de leur arrivée. Le fils du roi vint à leur rencontre, et aida la camériste à descendre de cheval, pensant qu'elle était sa promise. On la conduisit en haut des escaliers, tandis que la vraie princesse devait rester en bas. A ce moment, le vieux roi, qui regardait par la fenêtre, la vit dans la cour et remarqua combien elle était belle et délicate. Il se rendit aussitôt dans l'appartement royal et demanda à la fausse fiancée qui était cette jeune fille arrivée avec elle et qui se tenait présentement dans la cour.
- Je l'ai rencontrée en chemin et je l'ai emmenée avec moi pour avoir de la compagnie. Donnez, je vous prie, du travail à cette servante, qu'elle ne reste pas oisive.
Mais le vieux roi n'avait pas de travail pour elle et ignorant tout lui répondit:
- J'ai là un jeune garçon qui garde les oies, elle n'aura qu'à l'aider.
Ce garçon se nommait Conrad et la vraie fiancée dut l'aider à garder les oies.
Peu de temps après, la fausse fiancée dit au jeune roi :
- Cher époux, je vous prie, faites-moi une grâce.
- Je la ferai volontiers , répondit-il.
- Faites venir l'équarrisseur pour qu'il coupe la tête du cheval sur lequel je suis arrivée car pendant le voyage, il m'a mise en colère.
De fait, elle craignait que le cheval ne racontât son inconduite avec la fille du roi.
La véritable fiancée l’apprit et quand le moment vint où le fidèle Falada devait mourir, elle promit à l'équarrisseur une pièce d'argent en échange d’un petit service. Il y avait dans la ville une grande porte, très sombre, qu'elle passait chaque matin et chaque soir avec ses oies. Elle le pria d'y accrocher la tête de Falada afin qu'elle puisse le voir toujours. Le valet de équarrisseur promit de le faire. Et en effet, il prit la tête et la cloua solidement au-dessus de la porte.
Le lendemain, à l’aube, comme elle passait la sombre porte avec Conrad, elle dit à la tête :
Ô toi, mon Falada, qui es accroché là…!
Alors la tête répondit :
Ô princesse, ma, princesse,
Qui passe chaque jour par là
Il est mieux que ta mère
Ne sache pas tout cela
Car son cœur à coup sûr
Volerait en éclats.

La Gardeuse d'Oies Grimm © Perret

Elle sortit de la ville sans en dire davantage et conduisit ses oies au pré. Quand elle fut arrivée, elle s'assit par terre et défit ses cheveux qui étaient comme de l'or. Conrad la regardait et était heureux. Comme il voulut en prendre un elle dit :
Souffle, souffle vent léger,
Le bonnet de Conrad
Presse-toi d’emporter!
Souffle, souffle vent léger
Et qu’il revienne vers moi
Quand je serai recoiffée!

©  Jessie Wilcox Smith

Et soudain un vent si fort se leva qu’il emporta le bonnet de Conrad. Il courut à sa poursuite travers la campagne et quand il revint, comme elle avait fini de se recoiffer il ne put plus lui voler un cheveu. Il en fut bien fâché et ne lui parla plus. Ainsi, ils gardèrent les oies jusqu'au soir, puis rentèrent au château.
Le lendemain matin, alors qu’ils passaient sous la sombre porte, la jeune fille dit :
Ô! toi, mon Falada, qui es accroché là…
Et Falada répondit :
Ô princesse, ma, princesse,
Qui passe chaque jour par là
Il est mieux que ta mère
Ne sache pas tout cela
Car son cœur à coup sûr
Volerait en éclats.
Arrivée au pré, elle s'assit de nouveau par terre et commença à défaire ses cheveux. Conrad courut vers elle pour en attraper un. Alors prestement elle dit :
Souffle, souffle vent léger,
Le bonnet de Conrad
Presse-toi d’emporter!
Souffle, souffle vent léger
Et qu’il revienne vers moi
Quand je serai recoiffée!
Le vent emporta le chapeau de Conrad et quand il revint enfin, elle avait déjà arrangé sa coiffure. Il ne put attraper un seul cheveu. Ainsi, ils gardèrent les oies jusqu'au soir.

gardeuse d'oie Illustration © Hellen Stratton

Mais, ce soir-là après avoir regagné le château, Conrad alla voir le vieux roi et lui dit :
- Je ne veux plus garder les oies avec cette fille.
- Et pourquoi cela? , demanda le vieux roi.
- Ah! elle m’ennuie toute la journée.
Le vieux roi lui ordonna de raconter tout ce qui s’était passé.
Conrad obéit :
- Le matin, quand nous passons la sombre porte avec le troupeau il y a une tête de cheval accrochée au mur. Elle lui parle, et lui dit :
- Ô toi, mon Falada, qui es accroché là…!
Et la tête répond :
- Ô princesse, ma, princesse, qui passe chaque jour par là, il est mieux que ta mère ne sache pas tout cela! Car son cœur à coup sûr volerait en éclats!
Conrad raconta aussi ce qui se passait ensuite dans le pré aux oies et comment il était obligé chaque jour de courir après son bonnet.

© Crane Walter illustrateur 

Le vieux roi lui ordonna de retourner garder les oies le lendemain. Au matin, il se cacha derrière la sombre porte et entendit comment la jeune fille parlait à la tête de Falada. Il alla ensuite dans les prés et se dissimula derrière un buisson. Il vit la gardeuse et le gardien d'oies amener le troupeau et bientôt, la jeune fille s'asseoir et défaire ses cheveux qui brillaient comme l’or. Là, elle dit à nouveau :
Souffle, souffle vent léger,
Le bonnet de Conrad
Presse-toi d’emporter!
Souffle, souffle vent léger
Et qu’il revienne vers moi
Quand je serai recoiffée!
Le vent se leva et Conrad dut courir derrière son bonnet pendant que la servante se recoiffait. Le vieux roi observa tout. Il rentra sans qu'on l’aperçût et, quand la gardeuse d’oie fut revenue le soir, il la fit appeler et lui demanda pourquoi elle agissait ainsi.
- Je ne peux pas vous le dire, répondit-elle, tout comme je ne peux dire mon malheur à personne au monde, car je l'ai juré devant Dieu pour éviter d’être tuée.
Le roi voulut l’obliger à parler et ne la laissa pas en repos, mais il ne put rien tirer d’elle.
Alors il dit :
- Si tu ne veux rien me dire, va donc raconter tes malheurs au poêle.
Et il s'en alla.

© Crane Walter

La vraie fiancée se traîna jusqu’au poêle, pleura, et, vidant son cœur, dit :
- Me voici, abandonnée du monde entier, quoique fille de roi. Une méchante camériste m'a forcée à lui donner mes habits royaux. Elle a pris ma place auprès de mon fiancé et m’a contrainte à servir comme gardeuse d'oies. Si ma mère savait tout cela, son cœur, à coup sûr, volerait en éclats.
Cependant, le vieux roi qui se tenait dehors près de la cheminée entendit tout. Il revint et l’appela.
Il ordonna qu’on lui rapportât ses vêtements royaux, elle les mit et soudain, c’était miracle tant elle était belle. Alors, le vieux roi fit appeler son fils et lui expliqua qu'il avait épousé une fausse fiancée, qui n’était en réalité qu’une camériste et qu’enfin la véritable fiancée était la gardeuse d’oies. Le jeune roi en fut rempli de joie en la voyant si belle et si courageuse.
On prépara un grand repas auquel tous furent priés. Le fiancé était assis en bout de table, avec d’un côté la fille du roi et de l’autre la camériste. Mais celle-ci, éblouie par les bijoux de la princesse ne la reconnut point. Quand ils eurent mangé et bu et que tout le monde fut de bonne humeur, le vieux roi proposa une devinette à la camériste :
- Que peut valoir une servante qui aurait trompé tout son monde ?
Il raconta toute l'histoire et demanda:
- Quelle peine aurait-t-elle mérité ?
La fausse fiancée répondit :
- Elle ne vaut pas mieux que d'être placée, toute nue, dans un tonneau couvert de clous pointus à l'intérieur, auquel on attèlera deux chevaux blancs qui la tireront de ruelles en ruelles jusqu'à ce qu'elle passe.
- Cette servante, c'est toi!, dit le vieux roi, et tu as prononcé ta propre sentence: tu seras traitée ainsi!
Quand la peine eut été exécutée, le jeune roi épousa sa véritable fiancée et tous deux régnèrent dans la paix et la félicité.



Jacob et Wilhelm Grimm
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Le Peuple Migrateur


jeudi 26 avril 2012

·         Papotages d'Enfants

© Germaine Bouret
Dans la maison d'un marchand, de nombreux enfants se réunirent un jour, des enfants de familles riches, des enfants de familles nobles. Monsieur le marchand avait réussi; c'était un homme érudit puisque jadis, il était entré à l'Université. 
Son père qui avait commencé comme simple commerçant, mais honnête et entreprenant, lui avait fait lire des livres. Son commerce rapportait bien et le marchand faisait encore multiplier cette richesse. 
Il avait aussi bon cœur et la tête bien en place, mais de cela on parlait bien moins souvent que de sa grosse fortune.
© Germaine Bouret

Se réunissaient chez lui des gens nobles, comme on dit, par leur titre, mais aussi par leur esprit, certains même par les deux à la fois mais d'autres ni par l'un ni par l'autre. 
En ce moment, une petite soirée d'enfants y avait lieu, on entendait des enfants papoter; et les enfants n'y vont pas par quatre chemins. Il y avait par exemple une petite fille très mignonne mais terriblement prétentieuse; c'étaient ses domestiques qui le lui avaient appris, pas ses parents qui étaient bien trop raisonnables pour cela.
© Germaine Bouret

Son père était majordome, c'était une haute fonction et elle le savait bien.
- Je suis une enfant de majordome, se vantait-elle.
Elle pouvait aussi bien être la fille des Tartempion, on ne choisit pas ses parents. Elle raconta aux autres qu'elle était "noble" et affirma que celui qui n'était pas bien né n'arriverait jamais à rien dans la vie. 
On pouvait travailler avec assiduité, si l'on n'est pas bien né on n'arrivera à rien.
- Et ceux dont les noms se terminent par sen, proclama-t-elle, ne pourront jamais réussir dans la vie. Devant tous ces sen et sen, il n'y a plus que poser ses mains sur les hanches et s'en tenir bien à l'écart ! 

© Germaine Bouret

Et aussitôt elle posa ses jolies petites mains à sa taille, les coudes bien pointus pour montrer aux autres comment il fallait traiter ces gens-là. Quels jolis bras avait-elle! Une petite fille très charmante!
Or, la fille de monsieur le Marchand se mit en colère. C'est que son père s'appelait Madsen et c'est aussi, hélas! un nom en sen; elle se gonfla et déclara avec fierté :
- Seulement mon père peut acheter pour cent écus d'or de friandises et les jeter dans la rue! Et pas le tien !
- Ce n'est rien, mon père à moi, se vanta la fillette d'un rédacteur,, peut mettre ton père et ton père et tous les pères dans le journal ! 
Tout le monde a peur de lui, dit maman, car c'est mon père qui dirige le journal. 

© Germaine Bouret

Et elle leva son petit nez comme si elle était une vraie princesse qui doit pointer son nez en l'air.
Par la porte entrouverte, un garçon pauvre regardait. 
Il était d'une famille si pauvre qu'il n'avait même pas le droit d'entrer dans la chambre. Il avait aidé la cuisinière à faire tourner la broche et, en récompense, on l'autorisait à présent à se placer pour un petit moment derrière la porte pour regarder ces enfants nobles, pour voir comme ils s'amusaient bien; c'était un grand honneur pour lui.

© Germaine Bouret

- Oh, si je pouvais être l'un d'eux ! soupira-t-il.
Puis il entendit ce qu'il s'y disait et cela suffit à lui faire baisser la tête. Chez lui, on n'avait pas un écu au fond du bahut, et on ne pouvait pas se permettre d'acheter les journaux et encore moins d'y écrire. 
Et le pire de tout : le nom de son père, et donc le sien aussi, se terminait par sen, il n'arriverait donc jamais à rien dans la vie. 
Quelle triste affaire ! 
On ne pouvait pourtant pas dire qu'il n'était pas né, pas cela, il était bel et bien né, sinon il ne serait pas là.
Quelle soirée ! 

© Germaine Bouret

Quelques années plus tard, les enfants devinrent adultes. 
Une magnifique maison fut construite dans la ville. Dans cette maison, il y avait plein d'objets somptueux, tout le monde voulait les voir, même des gens qui n'habitaient pas la ville venaient pour les regarder. 
Devinez à quel enfant de notre histoire appartenait cette maison ? 
Et bien, la réponse est facile ... ou plutôt pas si facile que ça. 
Elle appartenait au pauvre garçon, parce qu'il était quand même devenu quelqu'un bien que son nom se terminât en sen, il s'appelait Thorvaldsen. 

© Germaine Bouret

Et les trois autres enfants ? 
Ces enfants remplis d'orgueil pour leur titre, l'argent ou l'esprit ? Ils n'avaient rien à s'envier les uns aux autres, ils étaient égaux ... et comme ils avaient un bon fond, ils devinrent de bons et braves adultes. 
Et ce qu'ils avaient pensé et dit autrefois n'était que ... papotage d'enfants.
♣ 
© Germaine Bouret




Illustrations de © Germaine Bouret

© Germaine Bouret

jeudi 5 avril 2012

L’ Abeille


Quand l’abeille, au printemps, confiante et charmée,
Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs,
Tout l’invite et lui rit sur sa route embaumée.
L’églantier berce au vent ses boutons entr’ouverts ;
La clochette des prés incline avec tendresse
Sous le regard du jour son front pâle et léger.
L’abeille cède émue au désir qui la presse ;
Ella aperçoit un lis et descend s’y plonger.
Une fleur est pour elle une mer de délices.
Dans son enchantement, du fond de cent calices.
Elle sort trébuchant sous une poudre d’or.
Son fardeau l’alourdit, mais elle vole encor.
Une rose est là-bas qui s’ouvre et la convie ;
Sur ce sein parfumé tandis qu’elle s’oublie,
Le soleil s’est voilé. Poussé par l’aquilon,
Un orage prochain menace le vallon.
Le tonnerre a grondé. Mais dans sa quête ardente
L’abeille n’entend rien, ne voit rien, l’imprudente !
Sur les buissons en fleur l’eau fond de toute part ;
Pour regagner la ruche il est déjà trop tard.
La rose si fragile, et que l’ouragan brise,
Referme pour toujours son calice odorant ;
La rose est une tombe, et l’abeille surprise
Dans un dernier parfum s’enivre en expirant.


Qui dira les destins dont sa mort est l’image ?
Ah ! combien parmi nous d’artistes inconnus,
Partis dans leur espoir par un jour sans nuage,
Des champs qu’ils parcouraient ne sont pas revenus !
Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ;
Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans,
Ils butinaient au loin sur la foi du printemps.
Quel retour glorieux l’avenir leur apprête !
A ces mille trésors épàrs sur leur chemin
L’amour divin de l’art les guide et les arrête :
Tout est fleur aujourd’hui, tout sera miel demain.
Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle ;
Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever.
Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ;
Chargés comme l’abeille, ils périssent comme elle
Sur le butin doré qu’ils n’ont pas pu sauver.



Louise Ackermann, Contes et poésies (1863)


Bees and butterflies in HD


 Cette exploratrice qui découvre une source de nourriture, va mémoriser son parcours depuis la ruche en prenant des repères visuels si le ciel est couvert. Par temps clair, son mode d’orientation est principalement lié à la position solaire, bien qu’il soit complexe demande une réévaluation constante en fonction de l’heure. L’abeille mémorise ensuite la couleur, la forme et l’odeur de la fleur